Messes des jours en semaine T. O. :  VINGT-SIXIÈME


INDEX

LUNDI VINGT-SIXIÈME SEMAINE
MARDI VINGT-SIXIÈME SEMAINE
MERCREDI  VINGT-SIXIÈME SEMAINE
JEUDI VINGT-SIXIÈME SEMAINE
VENDREDI VINGT-SIXIÈME SEMAINE
SAMEDI VINGT-SIXIÈME SEMAINE

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Lc 9,57-58:En cours de route un homme dit à Jésus: "Je te suivrai partout où tu iras." Jésus lui déclara: "Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids; mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer sa tête."


LUNDI VINGT-SIXIÈME SEMAINE
Lc 9,46-50

Introduction
            Célébrer l’eucharistie c’est d’accueillir Jésus pour nous unir à son offrande. Lui qui était « le plus grand » et qui s’est fait le serviteur de tous. Puissions-nous partager cette diminution devant les hommes pour grandir devant Dieu. Reconnaissons, peut-être, nos péchés de vanité

Pour l’homélie
            Contexte. Jésus vient d’annoncer pour la deuxième fois sa passion. Les disciples discutent de préséances. Ils n’ont rien compris.

            ♦ v. 46.- Une discussion leur vint à l’esprit. On peut traduire ainsi : Une discussion s’éleva entre eux, mais le v. 47 indique plutôt qu’il s’agit d’un débat intérieur.

            ♦ v. 47.- La question qu’ils se posaient. Littéralement : La question de leur cœur.

            ♦ v. 48.- Cet enfant.- Note à Mt 18,3 : paidion, non un tout-petit enfant ; un autre mot (nèpios) apparaît en d’autres endroits, qui peut être traduit par tout-petit. Ici (dans Mt, appelant un enfant) il s’agit d’un enfant parce qu’il est capable de répondre à l’appel de Jésus. Il n’est pas présenté comme modèle d’innocence, de pureté ou de perfection morale ; contrairement aux disciples, il n’a pas de prétention, mais il se trouve dans une situation de dépendance.

            ♦ v. 49.- En ton nom. Lc rapportera en Ac 16,16 (Excédé, Paul finit par se retourner et dit à l'esprit: « Au nom de Jésus Christ, je te l'ordonne: Sors de cette femme ! » Et, à l'instant même, l'esprit sortit) et en 19,13 (Des exorcistes juifs itinérants entreprirent à leur tour de prononcer, sur ceux qui avaient des esprits mauvais, le nom du Seigneur Jésus; ils disaient : « Je vous conjure par ce Jésus que Paul proclame ! ») comment Paul a chassé des démons par le nom de Jésus.

            ♦ v. 49.- Nous avons cherché à l’empêcher. Des nombreux témoins disent : nous l’en avons empêché.

            ♦ v. 50.- Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Ce jugement optimiste contraste avec celui que la polémique imposera à Jésus en 11,23 (Qui n'est pas avec moi est contre moi et qui ne rassemble pas avec moi disperse.)

            Les disciples n’ont pas compris les conséquences éthiques de leur qualité de disciples devant le même chemin que leur Maître : lui, il s’abaisse, eux, ils cherchent à savoir « qui d’entre eux est la plus grand ». « Jésus voit le raisonnement de leur cœur », par cette expression le narrateur déplace les disciples dans le camp de l’Adversaire incapables de saisir l’esprit nouveau que Jésus vient introduire dans les relations humines. (5,22 : Mais Jésus, connaissant leurs raisonnements, leur rétorqua : « Pourquoi raisonnez-vous dans vos cœurs ? » ; 6,8 : Mais lui savait leurs raisonnements; il dit à l'homme qui avait la main paralysée : « Lève-toi et tiens-toi là au milieu. » Il se leva et se tint debout.)

            C’est l’occasion de redire l’exigence du renoncement à soi-même, en tant que volonté de puissance ou vanité personnelle, avec ce jugement de Jésus qui renverse les valeurs habituelles : « Celui qui est le plus petit d’entre vous, celui-là est grand ».

           
Jésus enfin met en garde contre une forme de fanatisme. Pour Jésus, il n’est pas nécessaire d’être officiellement intégré dans le groupe des disciples pour avoir le droit d’agir en son nom, si cette action va dans le sens de sa pratique de libération, ici « chasser les démons » (49-50). [Possible inclusion avec 9,1 : Il leur dona pouvoir et autorité pour dominer tous les esprits mauvais.]

Passage au rite
            « Il prit la condition de serviteur… jusqu’à la mort… » Nos rendons présent ce mystère d’abaissement et glorification pour nous associer à lui à chaque circonstance de notre vie.

Pour le Notre Père
            Essayons de nous tenir devant le Père en enfants, en sachant que d’autres aussi s’ils ne le sont pas encore, ils sont appelés à l’être. Disons, comme Jésus nous l’a appris…    retour



MARDI VINGT-SIXIÈME SEMAINE
Lc 9,51-56

Introduction
            Nos vies ne sont que des chemins à parcourir qui doivent nos conduire à la Jérusalem céleste. Puissions-nous marcher toujours à la suite de Jésus, en faisant comme lui la route. Pour nos déviations, demandons pardon.

Pour l’homélie
            Contexte. Depuis aujourd’hui, mardi 26ème semaine, jusqu’au mercredi 33ème semaine, nous accompagnerons Jésus sur la route (plus théologique que géographique) qui l’a conduit de la Galilée à Jérusalem, où s’accomplira le Mystère Pascal. C’est une sorte de catéchisme que Lc propose pour apprendre à vivre en disciple.

            ♦ v. 51.- Lc ouvre ici la longue section de la montée de Jésus à Jérusalem (9,51 – 19,28). Il y abandonne le plan de Mt et de Mc qu’il ne rejoindra qu’en 18,15 (bénédiction des petits enfants). Il présente dans cette section nombreux éléments qui lui sont propres, beaucoup qui lui sont communs avec Mt, quelques uns que l’on retrouve chez Mc.

            Cette partie est dominée par la perspective de la Pâque qui va s’accomplir à Jérusalem, et par le souci de Jésus de préparer ses disciples à leur mission après son départ.

            ♦ v. 51.- …les jours de son enlèvement. Ce dernier mot peut viser et la mort et l’ascension de Jésus. (Cf. 9,31 (Transfiguration) : exode : Jésus doit réaliser le nouvel exode par sa mort, sa résurrection et son ascension, qui permettront aux siens d’accéder à Dieu avec lui. Ce mystère va s’accomplir à Jérusalem, centre de l’histoire du salut).

            ♦ v. 51.- Prit résolument. Lit. Durcit sa face pour prendre (Is 50,7 : C'est que le Seigneur DIEU me vient en aide: dès lors je ne cède pas aux outrages, dès lors j'ai rendu mon visage dur comme un silex, j'ai su que je n'éprouverais pas de honte).

            ♦ v. 51.- La formulation solennelle de ce verset marque l’importance de ce départ de Jésus pour la cité où va s’accomplir le mystère pascal.

            ♦ v. 52.- Devant lui. Lit. Devant sa face. Cette expression qui évoque l’allusion à Isaïe du verset précédent va être reprise encore au v. 53 et en 10,1 (Après cela, le Seigneur désigna soixante-douze autres disciples et les envoya deux par deux devant lui dans toute ville et localité où il devait aller lui-même.) Ce langage biblique marque la signification sacrée du voyage de Jésus.

            ♦ v. 52.- Pour préparer sa venue. Lit. Pour préparer pour lui. Les Juifs évitaient les rapports avec les Samaritains qu’ils haïssaient à cause de ses origines bâtardes et de leurs divergences religieuses. Jésus rompt avec ces querelles (parabole du « bon samaritain » ; la guérison des dix lépreux). Lc doit voir là un prélude à la mission de Philippe en Samarie (Ac 8,5-25).

            ♦ v. 53.- Parce qu’il faisait route. Lit. Sa face était faisant route (même style solennel).

            ♦ v. 54.- Veux-tu que nous disions que le feu tombe. C’est le châtiment qu’Élie avait infligé à ses adversaires (2 R 1,10-12 : Mais Elie répondit au chef de cinquantaine : « Si je suis un homme de Dieu, que le feu descende du ciel et qu'il te dévore, toi et tes cinquante hommes ! » Le feu descendit du ciel et le dévora, lui et ses cinquante hommes. De nouveau, le roi envoya vers Elie un autre chef de cinquantaine avec ses cinquante hommes. L'officier prit la parole et lui dit : « Homme de Dieu, ainsi parle le roi: Hâte-toi de descendre ! » Mais Elie leur répondit : « Si je suis un homme de Dieu, que le feu descende du ciel et qu'il te dévore, toi et tes cinquante hommes ! » Le feu de Dieu descendit du ciel et le dévora, lui et ses cinquante hommes.)
    
            ♦ v. 55.- Les réprimanda. De nombreux témoins ajoutent : et il leur dit : vous ne savez pas de quel esprit vous êtes, (car) le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les vies (des hommes), mais pour les sauver. (Cf. 19,10 : En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.)

            Jésus monte à Jérusalem pour subir la mort et non pour la donner. Ses disciples, assimilés par l’expression de 9,47 (Jésus, sachant la question qu'ils se posaient, prit un enfant, le plaça près de lui) aux adversaires de Jésus, sont ici encore au niveau de la no-conversion, ou de perversion de la foi. Leur appel à la puissance divine est au service de la vengeance haineuse et de la violence meurtrière. Tentation qui hélas a traversé des siècles de « religion chrétienne » (?) où l’on a tant de fois donné la mort « pour la plus grande gloire de Dieu. »

            Jésus marchant vers la croix ne peut recruter que des hommes prêts à abandonner toutes leurs sécurités matérielles ou morales.

Passage au rite
            « Le temps où il allait être enlevé de ce monde », c’est maintenant : élévation sur la croix, élévation à la gloire du Père. Et nous ici, à son côté, pour nous faire prendre avec lui. Puissions-nous ne pas offrir résistance.

Pour le Notre Père
            Comme nous pardonnons ; comme Jésus a pardonné. Que les paroles de la prière soient réalité dans nos vies. Ainsi, donc nous osons dire :    retour



MERCREDI VINGT-SIXIÈME SEMAINE
Lc 9,57-62

Introduction
            Préparons-nous à célébrer l’Eucharistie, c’est-à-dire à participer, en le rendant présent, le Mystère du Christ : ce qu’il a fait pour nous sauver. Ce n’est pas automatique, il y a quelque chose à faire de notre part. Commençons par ouvrir nos cœurs pour recevoir le pardon de nos péchés.

Pour l’homélie
            Contexte. Trois dialogues sur la route vers Jérusalem. Es deux premiers de ces dialogues se trouvent en Mt ; le troisième est propre à Lc. Celui-ci donne à tous les trois un sens particulier en les plaçant dans la perspective du départ de Jésus, juste avant l’envoi en mission des soixante-douze disciples.

            ♦ v. 58.- Lui, n’a pas où reposer sa tête. À la différence de Lc et Mc, Lc ne montre jamais Jésus dans une maison qui soit propre à lui où à son groupe (5,29 : Lévi fit à Jésus un grand festin dans sa maison; et il y avait toute une foule de collecteurs d'impôts et d'autres gens qui étaient à table avec eux; Mt 9,10 ; Mc 2,15 pourraient s’entendre de la maison de Jésus. Mais chez Lc, Jésus n’a jamais de maison).

            ♦ v. 59.- Suis-moi. Chez Mt 8,21-22 (Un autre des disciples lui dit : « Seigneur, permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. » Mais Jésus lui dit : « Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts »), c’est le disciple qui se présente. Chez Lc, c’est Jésus qui prend l’initiative de l’appeler, comme en Mc 1,17 (Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes ») ; il l’envoi annoncer le règne de Dieu.

            ♦ v. 60.- Laisse les morts enterrer leurs morts. Suive le Christ fait passer à l’arrière plan les devoirs et les cérémonies funèbres (Mt 10,37 : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi; qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi »). Mes morts sont ceux qui n’ont pas trouvé la vie du Royaume.
♦ vv. 61-62.- Ces deux versets sont propres à Lc. Ils évoquent l’appel d’Élisée par Élie (1 R 19,19-21 : Il partit de là et trouva Elisée, fils de Shafath, qui labourait ; il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Elie passa près de lui et jeta son manteau sur lui. Elisée abandonna les bœufs, courut après Elie et dit : « Permets que j'embrasse mon père et ma mère et je te suivrai. » Elie lui dit: « Va ! retourne ! Que t'ai-je donc fait ? » Elisée s'en retourna sans le suivre, prit la paire de bœufs qu'il offrit en sacrifice; avec l'attelage des bœufs, il fit cuire leur viande qu'il donna à manger aux siens. Puis il se leva, suivit Elie et fut à son service) ; mais Jésus est plus exigeant qu’Élie qui laissait con disciples prendre congé des siens.

            ♦ v. 62.- …n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. Pour y entrer (d’où la traduction royaume) à moins qu’il ne s’agisse d’annoncer le Règne de Dieu comme au v. 60 (« les morts enterrer leurs morts tu va…).

            « Tout quitter pour suivre Jésus » (5,11.28 : Ramenant alors les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent. Quittant tout, il (Lévi) se leva et se mit à le suivre.) Réapparaît et se concrétise. À trois interlocuteurs successifs, Jésus expose le radicalisme des conditions à accepter pour le suivre : quitter le confort pour partager l’existence de celui qui a choisi d’être pauvre parmi les pauvres, solidaire de tous les déracinés (v. 58). Transgresser les traditions les plus sacrées, pour qu’aucun retard n’entrave l’annonce du Règne de Dieu : l’urgence de la mission a priorité sur tout autre devoir ; la venue de ce Règne est une insurrection de la vie qui rend dérisoires les rites funéraires interminables ! (vv. 59-60). Le disciple de Jésus doit être un laboureur le regard tendu vers ce qui vient ; pour tracer droit le sillon, il faut se garder de tout regard nostalgique en arrière (vv. 60-61).


Passage au rite
            Jésus nu sur la croix. Jésus enterré dans un tombeau qui n’est pas à lui. Jésus regardant à travers les malheurs les mains du Père. C’est le Mystère de Jésus, côté croix. Mais Jésus aussi assis à la droite du Père ; c’est la côté glorification, aspect inséparable du côté croix. Nous le célébrons. Entrons-y avec confiance et courage.

Pour le Notre Père
            Sanctifions le nom de Dieu pas seulement avec paroles, mais aussi en actes, comme Jésus.    retour



JEUDI VINGT-SIXIÈME SEMAINE
Lc 10,1-12

Introduction
            Comme d’habitude mais non par habitude nous sommes rassemblés autour de Jésus. De même qu’il est un « envoyé » il va nous « envoyer ». Communauté de ministère et d’action avec le Christ, mais aussi communauté de destinée, le moment venu. Demandons pardon pour si jamais nous nous sommes écartés

Pour l’homélie
            Contexte. D’assez nombreux témoins lisent soixante-dix, d’autres soixante-douze (de même au v. 17 : au retour de la mission). L’une et l’autre lecture veulent sans doute indiquer le nombre de nations païennes, tel que le judaïsme le trouve en Gn 10, selon le texte hébreu (70) ou le texte grec (72). Luc doit suive le dernier. Il sait que la mission aux païens ne commencera qu’après Pâques et la Pentecôte (Lc 24,47 : …et on prêchera en son nom la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. ; Ac 1,8 : …mais vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre), mais il tient à en montrer une préfiguration symbolique.

            ♦ v. 1.- Devant lui. Lit. Devant sa face. Voir la note à 9,52 (mardi dernier, p. 4).

            ♦ v. 1.- Où il devait aller lui-même. Luc est le seul à rapporter cette mission, mais il peut tenir l’information d’une bonne tradition. Les paroles de Jésus qu’il rapporte ici, plus développées que celles du discours aux Douze en 9, 2-5, se retrouvent pour la plupart chez Mt dans le discours aux Douze (9,37-38 ; 10,7-16.40) et dans l’oracle contre les cités du lac (11,21-24). L’intention de Lc en rapportant cette mission sembla double : il veut montrer que la mission n’est pas réservée aux Douze, et aussi que la mission en Palestine préfigure la mission aux païens (voir le Contexte). Ces deux perspectives sont évidemment suggérées à Lc par son expérience ultérieure de la mission évangélique.

            ♦ v. 2.- Des ouvriers pour la moisson. Les prophètes de l’A. T. ont souvent décrit le Jugement de Dieu sous l’image de la moisson (Jl 4,13 : Brandissez la faucille, la moisson est mûre; venez, foulez, le pressoir est plein; les cuves débordent. Oui, leur malice est grande), du dépiquage (Is 41,15 : Voici : je te dispose comme un traîneau herse neuf et muni de crocs renforcés: tu vas triturer les montagnes et les déchiqueter, tu réduiras en bale les collines), et du vannage Is 41,16 : Tu les vanneras et le vent les emportera, le tourbillon les dispersera. Et toi tu exulteras à cause du SEIGNEUR, à cause du Saint d'Israël tu t'exalteras ; Am 9,9 : Oui, voici que je vais donner des ordres: je vais secouer, parmi toutes les nations, la maison d'Israël, comme on secouerait dans un crible sans que la plus petite pierre tombe à terre) ; c’était pour eux l’œuvre pas excellence de Dieu. Jean Baptiste en a fait la tache du Plus Fort (3,16-17 : Jean répondit à tous : « Moi, c'est d'eau que je vous baptise; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu; il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier; mais la bale, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas »). Ici Jésus associe ses disciples, par la prière et la prédication, à cette œuvre eschatologique, qui est maintenant actuelle en sa mission. Par le ministère de Jésus et de ses disciples, le jugement s’opère, car le Royaume de Dieu est arrivé.
 
            ♦ v. 4.- N’échangez pas de salutations. Les salutations orientales sont interminables. Or le message est urgent. (2 R 4,29 : Elisée dit à Guéhazi : Ceins tes reins, prends mon bâton en main et va ! Si tu rencontres quelqu’un, ne le salue pas ; et si quelqu’un te salue, ne lui réponds pas. Tu mettras mon bâton sur le visage du garçon).

            ♦ v. 5.- Dans quelque maison. À la différence de Mt (10,11-14 : Dans quelque ville ou village… En entrant dans la maison) Lc distingue la conduite des missionnaires dans une maison (vv. 5-7) et dans une ville (vv. 8-11).

            ♦ v. 5.- Dites d’abord : Paix.- Lc, et non Mt, reproduit ici la salutation usuelle de l’A. T. (1 S 25,6 :   Vous direz (à Naval) : Bonne année ! Salut à toi, salut à ta maison, salut à tout ce qui t’appartient !) qui est un vœu de prospérité, de santé et de bonheur, une bénédiction. Ici, il s’agit de la paix messianique qu’apporte l’évangile (cf. 1,79 : Il est apparu à ceux qui se trouvent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, afin de guider nos pas sur la route de la paix) ; elle est efficace pour celui qui la reçoit.

            ♦ v. 6.- Un homme de paix. Lit. Un fils de la paix (sémitisme), c’est-à-dire un homme qui accueille la paix de Dieu et qui appartient à son domaine.

            ♦ v. 7.- Paul donnera cette règle comme une loi de la mission, tout en renonçant pour son compte à en bénéficier (1 Co 9,14-18 ; 2 Co 11,7-11 ; etc.)

            ♦ v. 7.- De maison en maison. Jésus veut sans doute que ses missionnaires ne se préoccupent pas de trouver une hospitalité plus confortable, et qu’ils se consacrent tout entiers à la mission.

            ♦ v. 9.- Est arrivé jusqu’à vous. Lit. Il s’est approché jusqu’à vous. C’est la première fois chez Lc qu’il est question de l’approche du Règne de Dieu.

            ♦ v. 11.- La poussière de votre ville. Voir Lc 9,5 le mercredi de la 25ème semaine. (v. 12 : voir le Contexte de demain, vendredi 26ème semaine)

            Sous une forme d’apparence contraire : aller devant au lieu de suivre, l’épisode continu  e en fait à marquer l’identité de : parcours, de conditions de vie et d’action, que Jésus veut instaurer entre lui et ses disciples. La mission des disciples implique la même pauvreté volontaire, mais pas un ascétisme systématique : là où une bonne maison s’ouvre à vous (maison comme figure d’accueil et commensalité) il n’y a pas à dédaigner son hospitalité. La missionnaire est un « moissonneur », un travailleur qui mérite son salaire (vv. 5-7). Dans la salutation liminaire des messagers, la maison est conjointe à la paix : Paix à cette maison, un des termes pour dire le contenu du salut dans 3 des cantiques de l’introduction. Cependant il faut prévoir le rejet du message, le non accueil des messagers.

Passage au rite
            Communion sacramentelle ; communion aussi de mission, et de destinée.

Pour le Notre Père
            « Donne-nous aujourd’hui notre pain… » « Le travailleur mérite son salaire »… s’il travaille… Donne-nous de pouvoir travailler ; donne-nous de vaincre la paresse.    retour



VENDREDI VINGT-SIXIÈME SEMAINE
Lc 10,13-16

Introduction
            Parfois, peut-être, nous sommes tombés dans la tentation de regarder un peu hautainement d’autres personnes. Nous n’en avons aucun droit. C’est Dieu qui sait ce qu’il a donné, ce qu’il peut réclamer. Où en sommes-nous ? Demandons pardon ; corrigeons-nous.

Pour l’homélie
            Contexte.- Dans ce contexte de Lc, les vv. 12-15 sont une plainte prophétique de Jésus sur toute cité qui n’accueillera pas le message de ses envoyés. Cet oracle visait les cités de la rive Nord du lac de Galilée et leur reprochait leur refus des signes de Jésus [dans le parallèle de Mt].

            ♦ v. 13.- Malheureuse. Ce n’est pas ici une malédiction mais une plainte et un dernier appel. de même que les Malheureux des Béatitudes. Chorazin ou Chorazein, nom inconnu jusqu’à la période du Nouveau Testament où il n’apparaît qu’ici et en Mt 11,21 ; ville nommée trois fois dans le Talmud et chez Eusèbe (265-340) qui la situa à 3 km de Capharnaüm. Bethsaïda, à l’embouchure du Jourdain, au nord du lac de Tibériade, en Gaulanitide ; reconstruite au début de notre ère par Hérode – Philippe sous le nom de Julias.

            ♦ v. 13.- Vêtues de sacs et assises sur la cendre. Sorte de confession publique mimée par laquelle on se reconnaît pécheur (Jr 6,26 : Toi, mon peuple, revêts le sac, roule-toi dans la poussière ! Comme pour un fils unique, fais tous les rites du deuil, une amère lamentation ! Car soudain vient sur nous le dévastateur). Jésus reconnaît que ses miracles n’ont pu obtenir la conversion des cités.

           ♦ v. 16.- Qui vous écoute… Cette sentence conclut le discours (Mt 10,40 : Qui vous accueille m'accueille moi-même, et qui m'accueille, accueille celui qui m'a envoyé) en faisant ressortir la grandeur de la tâche des missionnaires, participation à la mission de Jésus. Elle se retrouve sous plusieurs formes dans les évangiles : positive en Mt 10,40 (ci-dessus) ; en Mt 18,5 (Qui accueille en mon nom un enfant comme celui-là, m'accueille moi-même) ; en Jn 13,20 (En vérité, en vérité, je vous le dis, recevoir celui que j'enverrai, c'est me recevoir moi-même, et me recevoir c'est aussi recevoir celui qui m'a envoyé) ; négative ici (Lc 10,16) et en Jn 5,23 (Afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n'honore pas le Fils, n'honore pas non plus le Père qui l'a envoyé).

            Tout en étant Bonne Nouvelle, celle-ci exerce un jugement selon que l’on écoute ou que l’on repousse les disciples et, à travers eux, celui qui les envoie, Jésus et, de fait, même le Destinataire suprême qui l’a envoyé, le Dieu dont le Règne est annoncé.

            On retrouve la même introduction solennelle Je vous le déclare (v. 12, dans l’évangile d’hier) et le même frémissement que dans la scène initiale de Nazareth où était déjà évoqué le scandale du non accueil de Jésus par ceux de sa patrie.

            La symbolique du haut et du bas joue ici sur un registre mythologique, pour exprimer un jugement posé ici comme futur « Ce jour-là » (v. 12, dans l’évangile d’hier).

Passage au rite
            Dans la foi nous sommes témoins de la plus grande œuvre de puissance de Dieu : la résurrection/-glorification de Celui qui avait été crucifié. Qu’est-ce que nous attendons pour nous convertir ? Si la formation que nous avons reçue, avait été donnée à beaucoup de nos compatriotes…

Pour le Notre Père
            La grande tentation de faire la sourde oreille, de fermer les yeux aux « évidences » de la foi… Ne nous soumets pas à la tentation. Nous osons dire…    retour



SAMEDI VINGT-SIXIÈME SEMAINE
Lc 10,17-24

Introduction
            Presque tous les jours, à la Préface, nous disons : « Il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu… » C’est facile à dire ; peut-être pas autant à faire : toujours et en tout lieu ! Jésus va nous donner exemple. Pour si jamais nous avions boudé à l’égard de notre Père, demandons pardon.

Pour l’homélie
            Contexte. Nous sommes dans le retour de la mission des soixante-douze et la réaction de Jésus face au rapport des disciples.

            ♦ v. 17.- Les démons nous sont soumis en ton nom. Voir Lc 9,49, lundi de cette semaine.

            ♦ v. 18.- Je voyais Satan. Il est peu probable que Jésus parle ici d’une vision qu’il aurait eue, car il ne rapporte jamais de telles expériences. C’est plutôt une expression figurée (comme en 10,15 : Capharnaüm élevée) du succès des disciples sur Satan par leurs exorcismes : le règne de Dieu est là (11,20 : Mais si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, alors le Règne de Dieu vient de vous rejoindre).

            ♦ v. 19.- L’ennemi : Satan.

            ♦ v. 19.- Rien ne pourra vous nuire. On pourrait traduire aussi : il ne pourra vous nuire en rien.

            ♦ v. 20.- Les livres du ciel, où sont inscrits les noms des élus, sont une image classique des apocalypses ( Ap 3,5 : Ainsi le vainqueur portera-t-il des vêtements blancs; je n'effacerai pas son nom du livre de vie, et j'en répondrai devant mon Père et devant ses anges ; Ap 13,8 : Ils l'adoreront (la Bête de la mer), tous ceux qui habitent la terre, tous ceux dont le nom n'est pas écrit, depuis la fondation du monde, dans le livre de vie de l'agneau immolé).

            ♦ vv. 21-24.- Contexte. En regroupant les vv 21-22 et 23-24, Lc présente ici la parole la plus explicite de Jésus sur ses rapports avec le Père ; il fait ressortir la grâce magnifique qui est accordée aux bénéficiaires de cette révélation.

            ♦ v. 21.- Il exulta sous l’action. Lit. Par ou dans (cette dernière préposition est présente dans quelques témoins). Lc, qui a insisté sur l’action de l’Esprit en Jésus (1,35 ; 4,1 : Jésus, rempli d'Esprit Saint, revint du Jourdain et il était dans le désert, conduit par l'Esprit ; 4,14 : Alors Jésus, avec la puissance de l'Esprit, revint en Galilée, et sa renommée se répandit dans toute la région ; etc.), marque ici son intervention dans la joie de Jésus et dans sa prière au Père.

            ♦ v. 21.- Je te loue…. (Note de la TOB à Mt 11,25) Plutôt que de voir là un langage sapientiel, il semble préférable d’y reconnaître un langage apocalyptique, comme celui du Livre de Daniel. Alors que les Sages n’ont pas su interpréter le rêve de Nabuchodonosor (Dn 2,3-13), le mystère est révélé à Daniel qui a imploré le Dieu du ciel et qui loue Dieu de lui avoir accordé la sagesse : il s’agit du royaume dressé par Dieu même. Chez Mt, les tout-petits sont les disciples auxquels sont révélées ces choses, c'est-à-dire le mystère du Royaume des cieux).

            ♦ v. 21.- Dans ta bienveillance. Dans ce contexte de Lc, Jésus reconnaît dans l’accueil du message porté par les soixante-douze l’œuvre de la grâce souveraine du Père. Comme dans les béatitudes il proclame la bienveillance particulière de Dieu pour les petits plutôt que pour les grands de ce monde.

            ♦ v. 22.- Quelques témoins transfèrent ici l’introduction vu v. 23 : Puis il se retourna vers les disciples et leur dit. Cette retouche est secondaire, mais elle fait ressortir la transition de la prière de Jésus (v. 21) à son oracle de révélation (v. 22).

            ♦ v. 22.- Au terme de la mission des disciples, cet oracle indique le centre du message évangélique, qui est révélation du Père dans le Fils (la formule propre à Lc « connaître qui est » marque à la manière grecque l’objet de la connaissance ; la formule de Mt est plus sémitique).

            ♦ v. 23.- Heureux les yeux….- La formule parallèle de Mt 13,16 ne s’adresse qu’aux disciples, témoins de la révélation de Jésus. Lc l’étend à tous les croyants. Cette félicitation conclut les vv. 21-24, en marquent la grâce faite aux fidèles bénéficiaires de l’accomplissement des promesses de l’A. T.

            ♦ v. 24.- Beaucoup de rois. Mt 13,17 parle de justes.

            La déclaration qui développe leurs raisons d’être heureux, en regroupant les verbes voir, puis entendre (comme en 7,22 : Puis il répondit aux envoyés : Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres) semble le prolongement de la réponse de Jésus au doute de Jean-Baptiste. Ce qui se passe dans le présent des disciples, correspond à l’attente des anciens prophètes, ou des rois, bénéficiaires des promesses messianiques. La joie des disciples, comme celle de Jésus, est liée à l’accomplissement de ces promesses anciennes dans l’aujourd’hui des actes révélateurs du Fils de Dieu.

Passage au rite
             « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ». Cette parole de Jésus est-elle plus réelle pour ses premiers disciples ou pour nous ici et maintenant autour de l’autel ?

Pour le Notre Père
            « Délivre-nous du Mal » qu’il faut comprendre comme « le Malin ». Les disciples l’on vu tomber comme un éclaire. Nous ne devons avoir peur de lui… plutôt de nous qui avons la triste possibilité de trahir. Prions donc en disant     retour